Kangoku Jikken, le point Godwin de l’horreur

Les plus jeunes d’entre vous ont eu la chance de ne pas connaître l’époque des stéréotypes racistes et méprisants que les médias généralistes français véhiculaient sur le manga et l’univers de la japanimation.

L’une des idées reçues les plus populaires concernaient le sexe et la violence soi disant inhérents à la culture manga, les japonais fomentaient forcément un plan digne de Nobunaga visant à souiller la jeunesse française à l’instar des comics américains de l’après seconde guerre mondiale. En effet, armé de BubbleGum et de Coca Cola, l’Oncle Sam s’était lancé à la conquête du temps libre des jeunes français avec comme char d’assaut les fameux comics pleins de jeunes filles en maillot de bain. Jeunes filles en prise avec les Harvey Weinstein de l’époque, soulagées de voir un homme qui porte un slip rouge sur un collant bleu venir les sortir de la traite des blanches.

Les mères de familles françaises qui ne connaissaient pas encore les joies de la machine à laver constataient avec effroi l’effet que ces jeunes femmes avaient sur le slip de leur jeunes garçons.

Fatiguée par la récurrence de ce que la morale judéo-chrétienne nommait en se pinçant le nez, pollution nocturne, la censure chevaucha son fidèle destrier afin de châtier les éditeurs français de « Bd du pauvre » et autres entreprises d’américanisation des esprits.

LUG, la maison d’édition lyonnaise qui a sévi de 1950 à 1989 vous passe le bonjour et j’en profite pour leur faire un gros bisou pour tout le bien qu’ils ont apporté à ma jeunesse décadente.

L’effet boule de neige d’un préjugé

À moins d’être un militant acharné du FLIP

Personne n’aurait eu l’idée, au sein de son foyer, de mélanger pelle melle des bédés x ou bédés adulte à la collection des Tintin et des Asterix. Partout où j’ai eu l’occasion de le constater Tout était clairement compartimenté, les bd’s socialement acceptables dans la bibliothèque du salon, les bd’s X dans l’enfer du sous-sol, calées entre une caisse d’alcool maison, des confitures et des munitions au cas où les allemands revenaient.

L’intelligentsia française a abordé le manga comme si les japonais étaient nés sans cette présence d’esprit, personne ne s’est dit que le journaliste français qui était revenu du Japon avec sa vision étriqué du Japon ne pourrai pas avoir une vue d’ensemble de l’immense culture manga.

Le Japon, ancien pilier de l’axe du mal, souhaitait forcément prendre sa revanche sur ceux qui ont humilié son empereur. La mesquinerie nippone voulait corrompre la jeunesse française qui manifestait un peu trop d’enthousiasme  pour cette sous culture du pays du soleil levant.

Même si aujourd’hui les a priori sur le manga sont moins nombreux, il convient quand même de prévenir avant de présenter certaines œuvres totalement tordus psychologiquement. Le succès d’Akira, Death Note ou Shingeki No Kyojin prouve que le public est capable de distinguer la différence entre le message de l’œuvre et la violence utilisée pour l’exprimer. Cette souplesse d’esprit sera nécessaire pour aborder le cas de Kangoku Jikken, un manga qui soulève beaucoup de questions tant il vous mettra mal à l’aise, du moins je l’espère pour vous car si vous n’êtes pas mal à l’aise, je vous dénonce aux autorités.

Dans cette œuvre du mangaka Chiho Mizuse et du scénariste Kantetsu, on n’attend pas que le karma ne vous rende la monnaie de votre pièce. On vous la rend avec des intérêts un peu disproportionnés.

Aito Eyama est un jeune lycéen victime de brimades quotidiennes. Pris à parti par un groupe de camarades mené par Aya Kirishima qui lui reproche son caractère taciturne, Aito nourrit chaque jour une rancoeur risquant de le conduire aux portes de la folie.

Et lorsque dans un concours de circonstances que je ne spoilerai pas, il reçoit une invitation pour participer au Kangoku Jikken, les jeux olympiques de la captivité, il n’hésite pas un instant. Les gains faramineux qui seront dévolus au vainqueur ne l’intéresse pas, seule la perspective de pouvoir torturer Aya Kirishima le pousse à rentrer dans ce club digne des pires légendes du Dark Web. Les règles du jeu sont simples, devenir un preneur d’otage et désigner une victime que les ravisseurs liés à l’organisation du jeu se chargeront d’aller cueillir où que la personne ne se trouve.

Une fois l’otage installé dans une salle des tortures, il est livré pendant un mois à la discrétion du preneur d’otage, libre de tout lui faire sauf de le tuer. Ce qui laisse de la marge surtout quand on a de l’imagination. Le but du « jeu » est de torturer l’otage sans qu’il ne parvienne à deviner l’identité du preneur d’otage. Plus Random en terme de fil conducteur je pense que c’est impossible même si au fond de moi je sais que c’est possible, Suicide Island en est la preuve ultime.

La lecture de Kangoku Jikken soulève des questions que seuls des personnes saines d’esprit comme vous et moi sommes capables de nous poser.

Peut-on se faire justice soi même ?

Est-ce que le fait d’avoir été une victime  donne le droit à la victime de devenir un bourreau ?

Y’a t’il une violence légitime ?

Bully the bully ?

Personne ne veut être le souffre douleur d’un groupe social que l’on soit lycéen, salarié ou retraité, que l’on soit une femme ou un homme, que l’on soit le seul noir parmi des blancs ou le seul blanc parmi des noirs. L’estime de soi étant intimement liée au respect que les autres nous témoigne, à moins d’être maso ou de croire que l’on est trop faible pour se défendre, nous sommes programmé pour protéger l’estime que nous avons de nous-même, l’humain est naturellement formaté pour protéger la sienne et celle de ceux qu’il aime.

Ce pacte de non agression est un Contrat social que l’on signe parfois d’une poignée de main dans une cour d’école.

Il peut arriver cependant que l’effet de groupe, la lâcheté de certains rencontre une ou un camarade taciturne, peu sûr de lui, il suffit parfois d’une moquerie à laquelle la personne visée ne répond pas pour que le cercle vicieux des tortionnaires n’en fasse une victime.

La solution la plus simple mais la plus difficile est de réagir dès la première brimade afin de couper court à l’habitude qui s’installe très vite dans l’esprit du bourreau. Ne pas laisser au sadique, l’opportunité d’installer sa zone de confort autour de la victime.

Une œuvre dérangeante comme Kangoku Jikken nous prouve que n’importe qui peut être un bourreau, les fleurs du mal peuvent pousser dans le jardin de n’importe qui, la violence n’a pas de sexe. La violence se transmet par le biais du traumatisme, le bourreau fabrique d’autres bourreaux si la résilience ne se produit pas dans l’esprit de la victime.

Bien heureusement, elle se produit la plupart du temps permettant à la victime de se reconstruire en faisant de la souffrance une force.

Pour aller au delà et continuer à vivre.

Un manga édité par Futabasha

En raison de l’extrême violence, autant physique que mentale, de ce titre, nous préférons ne pas publier de diaporama. Merci de votre compréhension

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