Mangaka Fatigue

Chaque fin d’année nous réserve son lots de marronniers, ces sujets récurrents qui viennent illustrer certaines périodes de l’année comme les départs en vacances du mois de juillet, la rentrée des classes du mois de septembre, les bonbons acidulés d’Halloween. 

Les mois d’octobre et de novembre correspondent à la période où l’on récolte le marron afin de pouvoir se délecter de marrons glacés plus écœurant les uns que les autres au mois de décembre.

Je ne vais pas faire la fine bouche élitiste étant moi-même un fan de bêtisiers mais ce dernier article de l’année ne sera pas le top 5 des mangas qui vont cartonner en 2018. Si vous êtes un.e lect.eur.rice régulièr.e d’ohayominasan.com vous savez déjà quels seront les mangas qui auront du succès l’an prochain.

Ce dernier article nous souhaitons le consacrer à deux mangas qui ont longtemps été au top des classements des meilleurs Shonen en 2015 et 2016, deux mangas dont la publication a été stoppée nette suites aux graves problèmes de santé de leurs auteurs respectifs, World Trigger de Daisuke Ashihara, Noragami de la team Adachitoka.

 

World Trigger n’est pas la fête des voisins 

 

World Trigger est un Shonen cyber punk au character design simple et épuré. Sa publication a commencé en février 2013 dans le Weekly Shônen Jump de la Shueisha. La première fois que je l’ai lu, j’ai crû que c’était l’adaptation manga d’un anime qui ne serait pas passé par la case manga. C’est un style particulier qui surprend au début avant que l’on ne se rende compte que c’est ce qui donne du charme à cette série.

Un jour, la ville de Mikado a vu le ciel s’ouvrir au dessus de sa tête, un passage vers une autre dimension duquel des extraterrestres, les Neighbors, sont sortis afin de détruire la Terre. Au milieu de la panique et de la confusion surgissent de mystérieux combattants qui arrivent à repousser l’assaut des « voisins ». Peu de temps après, ces combattants ont monté l’organisation des Border en utilisant à leur profit la technologie des Neighbors grâce à des armes qu’ils nomment Trigger.

Yuma Kuga est un étudiant venant d’un pays étranger admis dans une école de la ville. Sur le chemin de l’école, il rencontre Osamu Mikumo avec lequel il vivra de passionnantes aventures.

 

Méchamment Ten

 

L’action de Noragami prend place dans un Japon contemporain.

Yato est un dieu sdf, en effet, aucun autels ne lui est consacré et sans autels aucun croyants ne peut lui vouer un culte qui lui donne un sens et lui permet d’être concret.

Pour sortir du panthéon des dieux mineurs, Yato se lance dans la prestation de services où en échange de rémunération, il aide des personnes dans le besoin. Il espère économiser suffisamment pour pouvoir construire un autel afin que ceux qui croient en lui puissent l’honorer convenablement. La publication de ce Shonen trépidant a démarré en janvier 2011 d’abord dans l’hebdomadaire Gekkan Shounen Magazine puis dans le mensuel Gekkan Shounen Magazine + de la maison d’édition Kodansha.

 

La pénibilité du travail

 

La santé des mangaka n’est pas le principal centre d’intérêt des éditeurs de magazines de prépublication. Le public qui est ravie de retrouver chaque semaine un chapitre de One Piece ou Black Clover ne s’y intéresse pas non plus. Il faut que la parution de la série soit interrompue pendant plus de 2 semaines pour que l’on commence à se poser des questions.

Si vous êtes un fan d’Asterix ou de Salammbo de Philippe Druillet, vous êtes au fait du rythme de parution d’une bande dessinée qui peut prendre des années.

Les comics américains ont apporté une nouvelle temporalité avec leur parution mensuel qui leur a valu d’être décriés par les dessinateurs de bandes dessinées pour lesquels le temps de la maturation de la bande dessinée est précieux.

Le manga a aggravé cette temporalité en promettant au public un chapitre par semaine de leur série préférée. Dit comme ça, cela n’a l’air de rien pour des gens qui se rendent sur leur lieu de travail tous les jours mais peu d’entre eux travaillent autant que leur N+4. Les tâches qu’ils doivent effectuer sont répétitives, le process est suffisamment rassurant pour ne pas laisser la place à la surprise. Contrairement à eux, les mangakas doivent créer la surprise chaque semaine, ils doivent créer en une semaine ce qui prend des mois pour un dessinateur de comics, des années pour un dessinateur de bandes dessinées. On leur demande de donner le meilleur d’eux même en leur offrant les conditions de travail les plus déplorables. Les mangakas sont des artistes soumis aux cadences infernales des cadres supérieurs qui filent droit vers le burn-out.

On peut récolter les fruits d’un arbre lorsqu’on laisse l’arbre traverser les cycles qui lui permettent de se générer. On ne récolte pas de fruits en hiver.

Il faut arrêter de faire comme si de rien n’était, comme si l’envers du décor des studios de création était rose Kawai, enchantés par des rires d’enfants aux joues aussi souples qu’un Mochi à la fraise.

Si on devait faire l’inventaire des pathologies contractées consécutivement aux conditions de travail effroyables des mangakas, on pourrait ouvrir une clinique rien que pour eux. Le cynisme des maisons d’édition les pousseraient sans doute à utiliser cette clinique pour illustrer un nouveau concept de manga,  » La clinique des mangakas brisés « .

L’état de santé déplorable des mangakas dont les publications sont hebdomadaires est un scandale rarement abordé par la presse manga. Sûrement par peur de froisser les éditeurs. Nous aussi nous avons peur mais nous ne craignons pas la même chose car le jour où le fruit n’aura plus de jus, le manga sera mort. Nous avons peur de la mort du manga, nous craignons l’assèchement de la créativité des artistes qui n’ont plus le temps d’avoir envie de créer.

Pour cette raison, je souhaite que la parution des mangas ne soit plus hebdomadaire mais mensuelle.

Soutenez ces artistes. Achetez leurs mangas, lisez leurs œuvres. Faites vivre les personnages de leurs mangas dans les conventions cosplay, partagez votre amour pour ces œuvres sur les réseaux sociaux. Et même si ce monde veut vous faire croire que nous sommes tous interchangeables sachez que l’essence de votre existence est unique.

PS: Après 14 mois de hiatus, l’éditeur Kodansha a annoncé la reprise de la publication de Noragami dans le Weekly Shonen Magazine de la première semaine du mois de juin 2018 ! C’est avec un immense plaisir non dissimulé que l’on va pouvoir suivre la suite de ce fabuleux manga !

Pour retrouver le premier volume de World Trigger, cliquez sur le lien ci dessous.

World Trigger

 

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Pour retrouver le premier volume de Noragami, cliquez sur le lien ci dessous

Noragami

 

 

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