Ichigeki, la mort subite

Dans l’imaginaire collectif, le samouraï est l’incarnation matérielle de la noblesse de l’âme. Il respecte le Bushido et se suicide s’il trahit ce code de l’honneur. Mais que se passe-t-il lorsque c’est le Bushido lui-même qui est sacrifié sur l’autel de la modernité ? 

1868 est une année qui marque la fin de la féodalité japonaise, les fans de Kenshin Ruronin se souviennent de la manière dont les bouleversements de cette époque ont été retranscrit dans le manga de Watsuki, la fin du Shogunat marque le début de l’ere Meiji où le port du sabre est proscrit, seuls les militaires et les policiers sont autorisés à le porter.

L’ère Meiji fut le théâtre de tensions internes qui s’expriment sous forme de résurgences nationalistes ayant droit de cité jusqu’à aujourd’hui. L’ouverture du Japon à l’étranger a divisé la société japonaise, pour les uns elle était vue comme une source d’enrichissement, pour les autres elle symbolisait une forme de suicide national. Cette division est la source du clivage politique actuel.

Ichigeki nous raconte la genèse de la déliquescence de l’esprit du Bushido où l’on passe de l’image d’Épinal du sabre qui protège le faible au sabre qui le dépouille du peu qu’il a.

Le camp de ceux qui refusent porte une parole xénophobe et fédèrent une partie de la population grâce à un discours protectionniste, ils se considèrent comme les seuls garants des traditions millénaires. Sous le faux prétexte de la renaissance du Japon, ils font passer l’extorsion, le racket pour un effort de guerre.

À travers ces événements on arrive à comprendre comment de faux samouraïs ont donné naissance aux yakuza sous l’impulsion de la rébellion de Satsuma menée par l’un des fondateurs de la nouvelle ère, Takamori Saigo que l’on peut considérer comme le père spirituel de l’extrême droite et de la mafia japonaise.

La stratégie de Saigou Takamori était de surfer sur la vague des derniers jours du Shogunat Tokugawa en profitant de cette période de flottement pour mêler ses troupes à celles des nationalistes, semant la terreur et le désespoir au sein de la population en extorquant leurs ressources, violant les femmes et tuant les témoins.

Son objectif était de créer un climat insurrectionnel afin de renverser le nouveau régime et de rétablir le Shogunat. Nationaliste partisan de l’isolationnisme, Takamori est l’ennemi naturel de ses anciens frères d’armes qui veulent moderniser le Japon en l’occidentalisant afin de rivaliser avec les Occidentaux.

Cependant dans la réalité historique, la rébellion de Satsuma connue un succès éphémère car elle fut rapidement maîtrisée au bout de six mois par les forces impériales.

La mort d’un coup sec 

Les héros de notre histoire sont des samouraïs et des paysans en cours de reconversion professionnelle. En effet, suite à la suppression de la classe guerrière des samouraïs, du jour au lendemain ceux en quoi ils avaient cru toute leur vie n’avait plus de sens, plus de place dans cette nouvelle société japonaise. Certains se sont reconverti dans les affaires, placés à la tête d’entreprises créées par le pouvoir impérial parmi lesquels de futurs fleurons de l’industrie japonaise.

Beaucoup rejoignirent les services de l’État leur offrant la possibilité de poser les fondements de l’armée impériale japonaise ou d’entrer dans l’arène politique. D’autres beaucoup, plus réfractaires au changement décidèrent de se rebeller contre ce nouvel ordre établi à travers entre autres la révolte de Satsuma.

C’est dans ce contexte de bouleversements des codes sociaux que de nombreux paysans furent invités par des ronins peu scrupuleux à rejoindre les troupes insurrectionnelles, les ex samouraïs profitant du faible niveau d’instruction des paysans afin de leur faire intégrer leurs rangs. D’autres paysans furent recruter par le Shogunat afin de mater l’insurrection. C’est ainsi que l’on fait connaissance avec Ushigorou et Yonekichi, deux paysans se considérant comme des frères cherchant à entrer dans les bonnes grâces d’un samouraï bien que Ushigorou n’ait que peu d’estime pour eux. Ushigorou souhaite gagner suffisamment d’argent pour prendre soin de sa mère et permettre à sa sœur Chiyo de se marier avec dignité. Après avoir passé un test d’aptitudes avec succès, ils finirent par intégrer les rangs du samouraï Shimada sama qui suite aux ordres du gouverneur de la région doit rassembler et former des paysans afin de s’élever contre l’insurrection.

Ce qui m’a tout de suite frappé dans ce manga dessiné par Matsumoto Jiro, ce sont les similitudes de son trait avec celui de Masamune Shirow, le mangaka génial de Ghost in the Shell.

Ce crayonné nerveux qui donne l’impression de lire le raugh d’une œuvre à mi chemin entre la bande dessinée et le manga ne doit vous méprendre, Matsumoto maîtrise sur le bout des doigts sa composition graphique, l’aspect « brouillon »  est un parti pris artistique assumé par le mangaka.

Je serai presque tenté de vous dire que vous pouvez lire Ichigeki les yeux fermés mais je m’abstiendrai car cette plaisanterie douteuse vous ferait passer à côté d’un chef d’œuvre.

 

Auteur : Nagai Yoshio

Mangaka : Matsumoto Jiro

Magazine de prépublication : Comic Ran

Éditeur : LEED

 

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