Anjuu no Chi, la chronique des mangeurs de pierres

Je ne sais plus ce que je fais. Je me suis perdu sur une planète que je ne reconnais plus. Le défenseur des droits m’inflige un tacle à la gorge pour m’empêcher de m’exprimer. Booba dit tout haut ce que Zemmour enterre plus bas. On me propose de piquer une tête dans la mer de sable en souvenir de la dernière pluie qui s’est abattu sur nous, il y a plus de 25 ans.

Depuis, on ne se lave plus, on se contente de se frotter le dos contre les murs qui tiennent encore debout.

On se rencontre sans s’en rendre compte. Ça permet de ne pas fixer de rendez-vous, ne rien fixer dans la durée, ne rien attendre de ce qui ne vient jamais. Dans un décor à la frontière entre le Potala de lhasa et un village inca qui n’a pas encore croisé la colère de Klaus Kinsky, une jeune fille se promène. Ne demandez pas le nom des gens qui n’en ont plus besoin. Dans ce pays mystérieux, on choisit son nom en fonction du sens du vent qui souffle dans notre dos.

Après avoir rencontré un premier homme qui montait la garde contre un ennemi que personne n’a jamais vu, la jeune femme en rencontre un deuxième après s’être évanouie à cause du cagnard.

Pour lui redonner des forces, on lui apporte des chips au curry et l’on se présente à elle. Le premier jeune homme se nomme Nishi ce qui signifie Ouest en japonais, le deuxième s’appelle Higashi ce qui signifie Est. Souhaitant compléter cette rose des vents, la jeune fille se prénomme Minami car elle vient du Sud de je ne sais où. Après avoir pris un apéro cailloux qui donnerait des envies de suicide à ceux qui ont l’habitude de se faire plaisir, Nishi se met à souffrir de priapisme, effet secondaire malheureux dû à la consommation de sashimi de pierres salées. D’habitude, c’est Higashi qui lui prête son joufflu pour le soulager mais cette fois ci il souhaite passer son tour et propose à Minami de le remplacer.

Comment raconter une histoire surréaliste ? Comment expliquer la mécanique de l’absurde sans déflorer sa substantielle moelle ?

Contactez de ma part le plénipotentiaire de votre région en prenant garde de ne pas le froisser car c’est un raciste qui ne parle qu’aux gens qui respectent la concordance des temps.

Asate no Chi

Dès le premier coup d’œil, j’ai reconnu le style de l’auteur d’Asatte Dance, Yamamoto Naoki sensei. Ce trait fragile qui lui est si caractéristique, ces visages de personnages qui semblent perdus au milieu du récit, le charme de ses héroïnes, longilignes au tendre relief, des corps sans port d’attache et le regard qui cherche à tuer le temps, entrent dans le champ lexical habituel de l’auteur posant les bases d’un récit désincarné qui présente les symptômes courant d’un choc post traumatique.

Le fil conducteur de Anjuu No Chi est beaucoup plus décousue que celui d’Asatte Dance, la frontière entre le rêve et la réalité est floue, on a l’impression que la nuit les personnages rêvent de leur ancienne vie puis qu’ ils se réveillent dans un monde perdu au milieu de nulle part.

Il exhale de cette œuvre une atmosphère étrange, un parfum de mort qui rend les personnages désinvoltes et mélancoliques. Minami se balade comme un ange qui ne cherche pas à rejoindre le paradis, Nishi et Higashi se laissent vivre dans ce monde où la canicule de la veille ne nous prépare pas à la férocité de la tempête de neige du lendemain. Rien ne se passe comme ailleurs, on a l’impression que tout fout le camp, que les époques n’ont plus aucun sens et qu’on serait à même de croiser un personnage historique qui se serait lui aussi perdu en chemin souhaitant que cette mésaventure ne figure pas dans sa biographie officielle.

Anjuu no Chi nous raconte la chronique du sexe qui comble le vide et nous donne l’impression de vivre le délire sublime d’une jeune fille qui continue de rêver cinq minutes après sa mort.

Je vous recommande vivement de vous plonger dans cette histoire surréaliste mais extrêmement captivante.

Mangaka : Yamamoto Naoki

Magazine de prépublication : Ikki

Éditeur japonais : Shogakukan

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