Jigokuraku, la nuit qu’on assassine

L’expression Ninja Assassin est une lapalissade qui m’a toujours fait rire. Ce n’est pas le meurtre en lui-même qui est drôle mais plutôt ce besoin de préciser la nature et la fonction des ninjas traditionnels comme s’il était nécessaire de le faire. Sous oublier que la moitié des navets des années 80 avaient comme titre Ninja Assassin, les habitués des Vidéo Clubs de l’époque s’en souviennent. 

Dans le Japon médiéval, lorsque de vrais ninjas étaient diligentés contre vous dans le meilleur des cas, ils vous espionnaient et dans le pire des cas, ils vous espionnaient afin de savoir à quel moment ils pourraient vous tuer de la manière la plus discrète possible.

Ninja Assassin, le retour de l’ombre

Le héros d’aujourd’hui me fait penser à Uratarou, il a la même tête, il n’a aucun rêve et reste assis sagement sur un peloton d’exécution en laissant le sabre du bourreau se briser sur sa nuque. Toutes les autres tentatives d’exécution seront vaines, quelque soit la méthode employée, Gabimaru y survivra de la manière la plus détachée qui soit. Son corps résiste naturellement, indépendamment de sa propre volonté.

Cette succession d’échecs alimente les rumeurs les plus folles sur le village dont il est originaire comme quoi un mystérieux breuvage serait à l’origine de l’immortalité de ces membres.

Le chef du village caché de la Pierre était si satisfait de ses états de service qu’il décida de lui accorder le suprême honneur de le marier à sa fille. Voyant qu’il aura du mal à concilier la vie de famille avec les meurtres et autres opérations de sabotage commandités par leurs clients habituels, Gabimaru décide de voir l’ancien du village pour lui signifier son envie de passer à autre chose.

Et bien entendu cela a fortement déplu à l’ancien car comment saurait il se passer de son meilleur élément, Gabimaru the Empty, Gabimaru l’homme vide, vide de toutes émotions lorsqu’il exécute sa cible ? Du coup le vieux singe lui a appris à faire la grimace en le faisant tomber dans un coup fourré qui l’a mené jusqu’au peloton d’exécution.

Voilà, dans les grandes lignes, le récit que Gabimaru raconte lorsqu’une jeune femme l’interroge consciencieusement après chaque tentative d’exécution ratée.

Il apprend plus tard que cette jeune fonctionnaire est la descendante de la famille Yamada, clan au sein duquel on est bourreau de génération en génération.

Étrangement, alors qu’il avait jusque-là manifesté le souhait de mourir lorsqu’il appris que l’on a dépêché Asaemon-Sagiri la décapiteuse rien que pour lui, son attitude fut moins désinvolte. En effet, la réputation qui la précède la décrit comme la fine lame des exécuteurs issus de son clan.

Après un échange épique digne d’un combat entre Mugen et Jin dans Samourai Champloo, Asaemon-Sagiri arrive à lui faire admettre que quand même il affirme l’être, il n’est pas vide. Au contraire, il déborde d’envie de vivre pour construire un avenir positif avec sa femme. S’il veut échapper au sort que la lame d’Asaemon-Sagiri lui réserve, il se doit d’accepter ce qu’elle lui propose, le Shogun a besoin de quelqu’un d’aussi dur au mal que lui pour accomplir une mission clandestine : revenir vivant d’une île d’où personne n’est revenu.

S’il revient, il pourra revoir celle pour qui son cœur palpite et danse comme Yves Montant.

 

Ninja Chambara

 

En général, je ne suis pas fan des arrangements actuels qui modifient un personnage traditionnel pour plaire à un nouveau public. Je ne veux pas que Thor soit une femme, je ne veux même pas en entendre parler, j’ai mal à la tête rien que d’y penser. Il y a suffisamment de personnages féminins de qualité au royaume d’Asgard pour éprouver le besoin de changer le sexe du Dieu du tonnerre. Quelqu’un l’a prévenu au moins ? Ça s’est fait tellement vite que ça a dû le surprendre de se réveiller comme ça, un matin. Encore un coup de Loki, le Dieu de la ruse et de la perte de son prochain.

Je comprends parfaitement la démarche, vous savez ce que je pense d’Athéna et des princesses qui se font enlever donc je serai le dernier à me plaindre des personnages féminins qui n’ont pas besoin qu’on vienne les sauver.

Je veux l’égalité par le haut, des salaires équivalents, des femmes issues de tout milieux sociaux devenant cheffes d’entreprise, une égalité positive et non l’égalité négative qui voit les femmes copier les pires défauts des hommes. Parce que, en gros, si je suis con, vous n’avez pas besoin d’être conne.

Dans l’œuvre originale de Kazuo Koike et Goseki Kojima, Asaemon-Sagiri est un homme, un assassin virile au service du Shogun. Dans la culture manga, les personnages féminins extrêmement forts sont monnaie courante et lorsqu’ils sont bien travaillés c’est à dire quand on ne se contente pas d’en faire des faire-valoir sexy mais de vrais personnages, l’effet de surprise qui dévoile leur vrai visage est toujours saisissant. Dans notre construction mentale de culture patriarcale, on ne s’attend pas à ça, l’histoire devient imprévisible et l’on se dit que l’on va au devant d’autres coups de théâtre aussi bien sentis si l’on suit cette série.

J’ai tout de suite été saisi par le charme froid et distant d’Asaemon-Sagiri version femme qui selon la légende est capable de vous décapiter d’une main tout en tenant une tasse de thé de l’autre, un personnage d’un rare sang-froid qui semble ne pas avoir d’aspérités ce qui paradoxalement lui donne une certaine profondeur. Le duo asymétrique qu’elle forme avec Gabimaru est original, cela nous change des habituels combo Chaud/Froid du système narratif traditionnel du Shonen ou le chaud Naruto a toujours besoin d’être contrebalancé par un froid Sasuke.

Au lieu de cela l’on nous sert un récit original et captivant au sein duquel deux personnages lunaires et attachant conduisent cette œuvre hors des sentiers battus.

A lire d’urgence avant que l’ombre de la mort ne vous rattrape.

 

PS : Apparemment, Ohayominasan est un site très populaire auprès des éditeurs français et nous en sommes ravis ! En effet, Manganews nous apprend que ce fabuleux manga a été licencié par Kazé manga et que vous aurez le plaisir de suivre cette œuvre en français à partir de Mars/Avril 2019. En voilà une bonne nouvelle !

 

Magazine de prépublication : Shounen Jump +

Éditeur Japonais : SHUEISHA

Mangaka et Auteur : KAKU Yuuji

Éditeur Français : Kazé Manga ( mars/avril 2019 )

 

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