Haruka Seventeen, l’âge de raison

Il vous est sûrement déjà arrivé que les autres ne vous voient pas exactement comme vous vous voyez.

Je ne dis pas que tout le monde rêve d’être une star du football mais il arrive parfois qu’un piètre attaquant devienne un très bon latéral gauche.

 

Quand le miroir vous renvoie le reflet de quelqu’un d’autre

 

Une fois, alors que je faisais la queue à ma banque, j’ai pris un jeune homme pour un conseiller bancaire, je lui ai demandé s’il était possible de prendre rendez-vous pour la semaine d’après. Visiblement plus vexé qu’amusé par ma remarque, il m’a demandé s’il avait une tête de banquier. Ce à quoi j’ai répondu, oui, vu que je les instinctivement pris pour un conseiller.

Il y aura toujours quelqu’un pour vous voir ailleurs que là où vous êtes. Il y aura toujours quelqu’un Pour vous voir autrement que comme vous êtes. Ce No man’s land entre ce que les autres voient et la manière dont vous vous voyez est l’œil du cyclone dans lequel évolue Miyamae Haruka, l’héroïne de ce manga de Yamazaki Sayaka.

Haruka est une jeune japonaise qui ne veut pas marcher dans les pas de sa mère et encore moins dans ceux de sa grand-mère. Disposant d’un physique d’Office lady qui ne fait pas de vagues derrière des lunettes classiques, notre héroïne se lance à la recherche de son premier emploi au sortir de l’université mais doit faire face au cynisme de ceux qui vous demandent d’être expérimenté avant que qui que ce soit ne vous ait donné votre chance. Accumulant les désillusions après chaque entretien d’embauche, elle doit en plus faire face à une pression familiale qui ne l’aide pas dans sa prospection.

Pour éviter d’être la source de la honte qui empêche les familles japonaises de respirer, Haruka se résigne à revoir ses exigences à la baisse afin de mettre toutes les chances de son côté afin de décrocher son premier boulot.

Et c’est ainsi qu’à la suite d’un quiproquo qui a vu le job d’agent de starlettes pour lequel elle postulait lui passer sous le nez, on lui propose le job.. De starlette ! Plus précisément celui d’une idole J-Pop qui est censée avoir 17 ans. Après un relooking digne de Cristina Cordula, Miyamae Haruka devient Haruka 17, la future idole des ados pré pubères et des hommes ayant l’âge de son père.

 

Arrivera t’elle à devenir ce qu’elle n’a jamais souhaité être ?

 

Au pays du soleil levant, #Metoo est un Pokemon qu’on attrape difficilement. Et ce Pokemon rare n’est pas très diserte lorsque l’on finit par tomber sur lui. Le Japon est un pays où l’on cultive la discrétion comme une fleur élevée au rang d’art de vivre et de trésor national. Le fil de l’eau doit rester aussi imperturbable que la face du sabre qui nous renvoie une image d’harmonie et de perfection.

On a le droit d’avoir des vues de l’esprit qui nous donne l’impression de nous rapprocher du divin, cependant, une société dans laquelle il ne faut pas faire de vagues n’est pas exempte de tout reproche et cela encore moins Lorsqu’une victime de viol ou de harcèlement est priée par sa propre famille de se taire afin de ne pas lui faire honte. C’est dans ces cas là que la honte doit changer de camp.

Tant que la honte sera dans le camp de la victime ainsi que de sa famille, le prédateur éprouvera un sentiment d’impunité qui lui fera croire qu’il est normal que l’entretien d’embauche d’une femme tourne au casting Jacquie et Michel quelque que soit l’intitulé du poste à pourvoir.

 

Chewing Pop

 

Au Japon, l’industrie des idoles J-Pop est un secteur d’activité florissant. La J-Pop est le produit fer de lance d’un marché dont le chiffre d’affaires s’élevait en 2017 à 2,7 milliards de dollars sur le territoire national.

Souvent les revendeurs français ne savent pas qu’ils participent au blanchiment de l’argent du crime et même si certains le savent, on préfère passer sous silence l’implication de la mafia japonaise dans la J-Pop aux œufs d’or.

Les jeunes filles des campagnes sont recrutés par des petites mains des yakuza qui travaillent en tant que manager de la starlette. Ces managers à la petite semaine vont les former, les conditionner pour en faire des poupées qui ne savent pas dire non. Lorsqu’elles parviennent à acquérir une certaine notoriété, on insiste sur la chance qu’elles ont, on leur fait comprendre que le Makura eigyo, l’équivalent du coucher utile français est un marche pieds vers le sommet des charts. Leur emploi du temps est planifié pour ne leur laisser aucun temps libre.

Les places au soleil sont rares, la mafia en a parfaitement conscience lorsqu’elle prospecte un large nombre de candidates, la pègre s’est organisée de manière à ce que celles qui échouent, finissent comme prostituées dans des bars à souteneurs pour rembourser l’investissement misé sur elles. Dans tous les cas, la mafia est gagnante car coté face une idole J-Pop à succès rapporte énormément et coté pile les recalées alimentent les réseaux de prostitution.

Et quand elles veulent sortir du système, leur compromission dans les parties fines de l’élite japonaise les empêche de retourner dans leur famille. Des familles démunies face au chantage dont leurs filles sont victimes, sans aucun moyen de recours sous peine de rendre l’affaire public et de jeter l’opprobre sur eux.

Si vous souhaitez avoir un aperçu hardcore de l’envers de ce décor kawai, je vous conseille Perfect Blue de Satoshi Kon, ce chef d’œuvre de l’animation japonaise décrivant la descente aux enfers d’une idole J-Pop.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne souhaite pas à Miyamae Haruka le même destin que celui de l’héroïne de Perfect Blue perdue dans les méandres de sa névrose post traumatique.

 

 

Haruka 17 a été adapté en série Live Drama qui semble avoir plu aux fans du manga alors n’hésitez pas à suivre cette série qui semble plus soft en live.

 

 

Editeur Japonais : Kodansha

Magazine de prépublication : Morning

 

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