Yakedo Shoujo, capitale de la douleur*

Le criminel ne correspond pas toujours à l’image que les stéréotypes lui donnent, cela arrive même rarement. Je serai toujours surpris par la naïveté de ceux qui pensent que le diable a le visage qu’ils imaginent. C’est, sans doute, aussi stupide que ceux qui pensent pouvoir l’invoquer sans contrepartie. 

Cependant contrairement à la trajectoire que semble prendre cet article, je ne vais pas vous servir le glossaire du spiritisme. En effet, le manga du jour nous prouve que l’homme n’a pas toujours besoin d’invoquer le malin pour être diabolique, parfois la présence d’un acolyte aussi tordu que lui suffit amplement.

Une rencontre qui arrive par accident. 

Que se passe-t-il lorsque deux âmes attirées par la mort entrent en collision ? Assiste on à la naissance d’une étoile ? Je pencherais plutôt pour un astre en fin de cycle, un trou noir aspirant la vie qui subsiste autour de lui.

Kaname Aizawa, un jeune garçon aux airs d’élève studieux dont l’apparence ne laisse rien transparaître vit seul avec une mère devenue folle suite à l’abandon du père. Du coup, sa mère l’appelle par le prénom de son père et chaque matin, lorsqu’elle voit le jeune homme se préparer pour aller à l’école elle pense que son mari est revenu.

Son quotidien est si éloigné de celui de ces camarades de classe qu’en les voyant aussi insouciants, il a l’impression de regarder un sitcom américain.

La seule à avoir capter son attention est Shiina Hinami, une bouille de bout en train arborant un cache-oeil, une facétieuse élève qui catalyse la bonne humeur de la classe.

Ce petit corps plein de vie percuta un jour Kaname de plein fouet, projetant en de millions de particules la pile de feuilles qu’elle transportait. Au milieu de ce nouveau big bang se trouvait un cahier de notes que Kaname s’apprêtait à lui remettre lorsque le vent décida de faire tourner les pages jusqu’à ce que l’une d’entre elles saisisse son attention.

Qui se douterait que cette jeune fille que tout le monde aime éprouve une telle fascination, une telle obsession pour la mort ? La rapide lecture de ce carnet décrit un enthousiasme morbide, un appétit malsain pour la souffrance. En ouvrant ce carnet, Kaname s’attendait à tout sauf tomber sur les chroniques d’une suicidaire qui veut entraîner dans son sillage une arche de Noé d’insectes et d’animaux, un cortège d’âmes innocentes qui ne souhaitaient pas l’accompagner. Aller jusqu’à saturer une page remplie par le même message: « Je veux mourir, je veux mourir, je veux mourir.. » mettrai en alerte n’importe quel esprit sain qui aurait eu l’occasion de la lire mais lorsque deux univers aussi perturbés l’un que l’autre se rencontrent qui sait jusqu’où ira le curseur de l’amoralité.

L’avis au taquet:

La lecture d’une telle œuvre pourrait confirmer nombre d’aprioris sur la nature tordue de l’univers du manga. Or, autant nous aimons la perspective dans le dessin, autant nous l’apprécions dans ce qu’elle apporte à la profondeur de la lecture de Yakedo Shoujo.

Les personnages ne ressemblent pas à ce qu’ils font, leur miroir nous renvoie une image d’élève sans histoires, une sensation accentuée par un character design relativement classique.

On suit la rencontre entre deux histoires où Hinami va, en quelque sorte, assurer la sous-traitance de la cruauté de Kaname qui va la vivre par procuration à travers elle jusqu’à joindre la parole au geste et se perdre dans un enfer que personne ne voit.

Ce manga est le récit de l’indifférence dans laquelle grandissent les enfants des sociétés post modernes. Des enfants qui développent une aversion pour la vie et qui nous montrent ce qu’ils font lorsqu’on laisse la folie livrée à elle même.

 

*Capitale de la douleur, de Paul Éluard

Éditeur japonais : Futabasha

Auteur : Kantetsu

Mangaka : SATOMI Yuu

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.