Sensei no shiroi uso ou l’impunité de la culture du viol

À en croire certains, le viol serait presque un compliment. La victime était trop jolie, elle aurait dû l’être juste assez pour avoir droit au respect et à la considération de son intégrité physique. Parfois, le pervers a des goûts plus subtils et comme tous les lâches qui se respectent, il choisit des proies faciles, des personnes qui n’ont pas confiance en elles, la meilleure amie de leur petite amie qui pourrait être une bombe si elle s’arrangeait un peu.

 

Tu sais celle qui porte des lunettes démodées, celle que personne ne remarque, celle qui dit si peu de choses qu’on se demande si elle existe vraiment. Celle à qui ne ça ne ferait pas de mal de se secouer un peu, ma parole mais va-t-elle un jour arranger cette queue de cheval ?

 

La vie post traumatique

 

Le manga du jour s’intéresse à une jeune femme qui n’a pas besoin de vos conseils.

Et vu la suffisance et le manque de délicatesse de Minako, celle qui se considère comme sa meilleure amie, Misuzu n’a peut-être pas besoin d’elle non plus. Mais bon, à défaut d’être bienveillants, les amis servent à passer le temps et quand on s’ennuie cela s’avère parfois utile.

Misuzu et Minako sont deux personnages qui se fréquentent depuis l’enfance. Minako devait être le genre d’enfants qui décrètent que vous êtes sa meilleure amie pour la vie sans que vous n’ayez votre mot à dire, comme d’aucuns voudraient faire de vous leur chose. Misuzu était l’enfant dont on a entendu le son de la voix pour la première fois, un jour qu’elle en laissa échapper un filet lors d’un malencontreux mouvement de foule dans les couloirs du lycée. Devenue la meilleure amie d’une égocentrique par inadvertance, elle traversa l’adolescence comme une naufragée s’accroche à un tronc d’arbre à la dérive sur un fleuve, au gré des humeurs changeantes et des caprices constants de Minako.

Malgré cette météo cyclothymique, Misuzu arrive tant bien que mal à mener sa barque jusqu’à ce que le petit ami de Minako ne la fasse chavirer d’une manière qui la marquera pour le restant de sa vie. En effet, Hayafuji l’a violé un soir où le silence a mis sa vie entre parenthèses. Misuzu n’a jamais pu le dire à sa meilleure amie qui doit prochainement convoler avec le violeur.

Elle trouve dans son quotidien de professeur des petites satisfactions qui lui permettent de penser à autre chose. Être professeur lui donne l’impression d’être au-dessus de la mêlée d’élèves qui l’ont traumatisé lorsqu’elle était étudiante.

Cependant, la réalité la fait vite redescendre de son nuage à l’imagination fertile, les instants de détente en salle des professeurs lui prouvent chaque jour que certains enseignants ne sont pas plus matures que leurs élèves.

À l’instar de son collègue prof de sports qui, entre deux fiches rangées dans un classeur et la guerre que lui mènent ses intercalaires, fait semblant de s’intéresser à son régime alimentaire, un sanglier qui se soucie de la situation matrimoniale de notre héroïne comme si le monde était dupe mais mec si t’as envie de te faire sucer la bite, il vaut mieux le dire franchement, fais pas semblant d’être nutritionniste.

 

L’avis au taquet

 

J’ai aimé le développement graphique de ce manga de TORIKAI Akane.

Sensei no shiroi uso ressemble à un Shojo manga avec de la profondeur dans les traits et les décors, le style de l’auteur apporte de l’élégance à ses personnages au physique réaliste. Et aussi surprenant que cela puisse paraître compte tenu du sujet difficile développé par cette œuvre, en lisant les dialogues on est saisi par l’humour noir qui les imprègnent, notamment les pensées en son for intérieur de Misuzu qui dissèque son environnement de manière clinique. C’est sans doute sa manière à elle de mettre des mots sur le déni.

Je vous invite à découvrir ce manga qui fait remonter la vie à la surface de la réalité. Un manga écrit comme une chanson qui fait couler toutes les larmes de votre cœur.

 

Mangaka : TORIKAI Akane

Magazine de prépublication : Morning Two

Éditeur Japonais : Kodansha

 

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2 réflexions sur “Sensei no shiroi uso ou l’impunité de la culture du viol

    1. Bonjour Laurianne !
      J’ai moi-même beaucoup aimé ce manga Josei qui traite un sujet difficile avec profondeur et sensibilité. C’est pour cela que je lui ai consacré un article. Ohayominasan a pour vocation de présenter les mangas d’auteurs comme celui-ci, je suis suis ravi de ton appréciation. C’est ce genre de commentaires qui nous donnent envie de continuer à vous faire découvrir des oeuvres originales ! Merci ^^

      J'aime

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