Le manga et la prostitution juvénile

Un jour, j’ai rencontré la nuit. C’était une jeune femme qui n’avait pas de nom, elle a fait irruption dans ma rêverie. J’étais à Londres, j’étais le moins ivre, les autres cherchaient une ombre pour vomir les restes de leur nuit pendant que je digérai la mienne.

Avec toute la peine du monde, je me rappelle de ma nuit, une jeune femme blonde aux cheveux courts, habillée en blanc de la tête au pied, une tenue qui épousait les formes de son corps d’une manière si vicieuse et triomphante que je suis tombé sous son emprise.
J’ai haï cette nuit que je ne pouvais toucher qu’avec les yeux, fasciné par cette silhouette d’une sensualité mystique, elle dansait comme celle qui vous lance un sort si vous la regardez former un huit avec les mouvements de son bassin. À chaque fois que je l’approchais, elle disparaissait et lorsque lassé je reculais, elle se rapprochait de moi. La nuit m’a fait ressentir cette souffrance infinie, une douleur qui ne trouve aucun obstacle lorsqu’elle traverse votre corps, cette frustration sublime qui me maintient en haleine jusqu’à aujourd’hui. Car 20 ans après je me demande encore ce que j’ai pu faire à la nuit pour qu’elle ressente le besoin de me punir avec autant de perversité.

 

Des Teletubbies au Telekura

 

Les manga du jour ne sont pas faciles à vivre.

Au delà des questions morales qu’il balaye d’un revers de la main, Kuroi Sera Fuku nous fait visiter l’envers du décor mental, la conscience de l’être humain en son for intérieur bouillonnant de fantasmes inavouables.

Le récit brûlant d’une jeune fille qui ne sait pas comment être aimée. Une fleur qui papillonne de flirt en flirt jusqu’à trouver un frisson particulier avec un homme. Une ombre qui a retourné la nuit pour en faire une terre de désordre ou le sexe d’un cynisme froid manifeste le désir d’être souillée.

Tooru-kun a grandi dans une famille où l’enfant est élevé machinalement comme dans un sitcom américain où l’affection vous étouffe.

Une jeune fille qui n’appartient à rien ni à personne mais qui s’offre à ceux qui la payent pour passer le temps afin de se sentir vivre dans ce corps asséché par l’ennui, réhydraté par le désir, la salive et l’écume des hommes. Un corps qui ne sent son cœur battre que dans la transgression et l’agressivité sexuelle. Tooru-kun se sert de son sexe pour prendre les rênes d’un cheval fou qui ne la mènera nulle part car elle n’a pas de destination.

Fascinée par le spectacle de son corps qui rougit sous les suçons passionnés, Tooru-kun est une page blanche sur laquelle j’écris une chanson.

 

Kuroi Sera Fuku

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La deuxième œuvre sur le même thème mais sans doute un peu moins dans le fan service voyeuriste que Kuroi Sera Fuku est un manga de Shinzo Keigo.
Nora to Zassou nous raconte l’histoire de l’inspecteur Yamada qui enquête dans le milieu de la prostitution juvénile afin de retrouver sa fille Kuzoe, portée disparue depuis plusieurs années maintenant.
Lors d’une perquisition dans un salon de massage où officiaient des mineures, il tombe nez à nez avec Umino Shiori, une prostituée mineur qui est le portrait craché de sa fille. Une jeune fille qui cherche à échapper à un quotidien glauque où elle n’a pas sa place.

Une mère alcoolique qui la bat mais récupère l’argent de ses passes est elle une proxénète ? C’est une mère voyons, comment une mère pourrait prostituer sa propre fille.
Alors qu’il buvait un thé dans un café, l’inspecteur aperçoit la jeune fille sous la pluie dans un parc de jeux. L’inspecteur fera tout pour gagner la confiance d’une adolescente abusée par tous les adultes qu’elle a rencontré jusqu’à présent.
Une lecture métaphorique de l’œuvre nous montre un père qui rêve du temps où sa fille était une petite fille innocente qui ne faisait que des bisous à son père. Aujourd’hui, bien que tombant nez à nez avec une prostituée, parce qu’elle ressemble traits pour traits à sa fille, il est incapable de l’associer à des activités de prostituée. Lui qui est un des meilleurs éléments de la police de Tokyo, l’analyste froid aux calculs d’une précision chirurgicale est dans le déni le plus total face à cette jeune fille qui le désarme littéralement.
Ce manga est d’une certaine manière l’allégorie du père qui n’a pas su voire sa fille grandir.

Nora to Zassou

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L’avis d’Otaku

 

Dès 1996, l’Express s’était intéressé au phénomène des Telekura, ces clubs de cabines téléphoniques qui permettaient à des hommes de rencontrer des prostituées mineures. Arte s’en était fait l’écho dans tous les Tema possible, pointant du doigt le serpent qui se mord la queue, une société où l’on voue un culte aux lolitas arborant ce fameux uniforme de collégienne qui ouvre la porte aux fantasmes les plus malsains. Pendant que certaines de leurs camarades s’entassent dans des usines à bachotage après les cours, de jeunes filles se prostituent pour avoir de l’argent de poche. Sachant qu’à Tokyo, le détournement de mineurs pour des adolescents de plus de 12 ans ne tombe pas sous le coup de la loi, cela signifie qu’au Japon, la majorité sexuelle est à 12 ans.
À 12 ans, quelque soit son niveau intellectuel, son ouverture culturelle, la connaissance que l’on pense avoir du monde on ne peut pas vraiment dire qu’une jeune fille est protégée par rapport à un adulte qui sait exactement ce qu’il fait. Il faut avoir connu ces femmes respectables qui vendent leurs corps pour savoir que pour très peu d’entre elles cela a été un choix de vie. Mais apparemment c’est de l’histoire de putes à l’ancienne, de la naïveté d’adultes en face d’adolescentes à la mentalité d’enfants soldats prêtes à accepter toutes les souillures pour s’acheter le dernière Iphone qui leur donnera l’impression d’être populaire. On peut faire le parallèle avec certaines jeunes filles des cités qui à 16 ans se retrouvent avec des cartes bleues qui leur ont été confiées par des hommes ayant l’âge de leur père. Les jeunes garçons de leur âge se retrouvent à dealer pour exister dans cette société d’argent où celui qui est raciste toute la semaine aiment s’encanailler avec des adolescentes du Maghreb et d’Afrique ayant grandi en France. En se donnant la cynique impression de faire de l’humanitaire.

 

Titre : Kuroi Sera Fuku

Mangaka : Sano Takashi

Magazine de prépublication : Comic Heaven

Éditeur japonais : Nihon Bugeisha

Titre : Nora to Zassou

Mangaka : Shinzo Keigo

Magazine de prépublication : Morning Two

Éditeur japonais : Kodansha

 

N’hésitez pas à vous abonner à Ohayominasan, le magazine français des dernières sorties manga au Japon.

 

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