OUT ou le culte du voyou

Hier, je me suis perdu devant W9, une enquête criminelle plongeant dans le milieu de la prostitution, la nouvelle tendance des salons de massages thaïlandais vendant les body body et autres finitions manuelles de jeunes femmes issues des campagnes chinoises.

Le récit jusque-là monotone de cet esclavage moderne est devenu exceptionnel lorsque les reporters sont remontés à la source de ce réseau en France. En effet, je pensais voir trôner au sommet de cette chaîne alimentaire un vieux ou une vieille chinoise, stéréotypé comme un souteneur dans un album de Tintin. Au lieu de cela, la caméra cachée de la journaliste d’origine thaïlandaise chargée de le débusquer a immortalisé
un conseiller juridique dans une préfecture chargé de la régulation des immigrés. J’ai cru sentir l’odeur de la Peste d’Albert Camus, le cynisme à l’état pur issu du corps de l’État incarné par ce Cottard qui tire profit de la misère mondialisée pour pratiquer l’intégration par le cul n’hésitant pas à draguer lourdement la journaliste car toutes les petites nouvelles passent par lui habituellement.

Je sais qu’une partie du public rêverait d’être à la place de cet homme et que tout ceux qui affirment le contraire passent pour des hypocrites n’assumant pas leurs pulsions néandertaliennes. J’assume pleinement mon appétence pour la sensualité, je ne la pousse pas jusqu’au sadisme qui autrement n’aurait même pas droit au regard
de celles qu’ils souillent. Certains préfèrent conquérir le regard pour régner dans le cœur de celle qu’il désire. J’ai ce genre de prétentions.

 

Le culte du sensationnalisme

 

J’ai toujours été gêné par la fascination de la société pour les voyous.
Il faut être un bandit pour que l’on parle de vous, il faut être un voyou que le journaliste introduit dans son article comme une cuillère à soupe de sauce aigre dans un récit qui a besoin de relief.
Il est usant d’entendre ces journalistes groupies écrivant des livres dans une emphase trop satisfaite de son fait pour mesurer l’obscénité de cette glorification. Une gloriole qui vend son papier à l’antenne de radios sérieuses, le message reçu comme un glaviot dans la gueule d’une jeunesse qui doit ravaler ses glaires, vomir ailleurs ses angoisses et trouver un contrat de qualification pour payer son permis de conduire. Se démerder comme un chasseur cueilleur dans une forêt dépucelée par l’homme qui l’a dépecé à l’aide de l’industrie.

J’apprécie l’hypocrisie des médias si prompt à dénoncer le mercantilisme du marketing, les fumisteries de la communication alors que dans un mouvement d’équilibriste qui frise l’écartèlement, ils sont les premiers promoteurs du style de vie de Redoine Faid. Contrairement à chaque matin, je n’allumerai pas la radio pour entendre des journalistes donnant l’impression de vivre leur rêve d’aventuriers à travers Redoine Faid. Des journalistes, si heureux d’être dans la confidence, qu’ils ont oublié leur carte de presse sur leur table de nuit lorsqu’ils se sont précipités dans leur rédaction ce matin pour être les premiers à parler de l’affaire. Depuis ce matin, je sais que fleurit dans chaque rédaction le glossaire du grand banditisme pour anoblir un voyou. Le banlieusard diplômé n’est pas un héros, les banlieusards honnêtes sont chiants comme la pluie et les médias à la déontologie irréprochable vont continuer d’imprimer dans leurs colonnes le modèle de Redoine Faid pour que la jeunesse désœuvrée trouve un modèle à suivre. Celui qui un jour a pensé que le banditisme pouvait être grand n’est pas un criminel, le criminel ne voit rien de grand dans ce qu’il fait, il pense efficace et ne raconte pas sa vie.
Cependant, l’on se doit d’admettre que quelque soit le niveau de discrétion auquel le criminel s’astreint, il ne pourra pas empêcher son fanclub d’élever son histoire au même rang que certaines légendes urbaines.

Enfermé dehors

 

L’actu manga du jour se lit à l’air libre comme un enfant dans un corps d’adulte qui sort de prison. Out s’intéresse à Iguchi Tatsuya, un voyou que les jeunes femmes rêvent de remettre sur le droit chemin. Ce délinquant à la tête dure et aux poings qui démangent fût jusqu’à récemment le leader d’un groupe de petites frappes de la ville de Komae mais sa dernière bagarre s’est terminée par son arrestation et sa mise en détention dans un centre pénitentiaire juvénile. Après un séjour effectué dans des conditions sinequanones pour lui passer l’envie d’y retourner, il se retrouve quelque part dans la région de Kanto, en face d’un conseiller d’insertion qui lui fait comprendre que durant sa période de probation, sa vie ne tient qu’à un coup de fil.
La mesure d’éloignement afin de ne pas renouer avec son gang l’oblige à se loger chez sa tante qui a l’air d’être une femme funky dans le sens Beatnick du terme.
Sous quelque forme que ce soit, nous avons tous dans nôtre vie un jour rencontré quelqu’un pour voir en nous des choses que l’on ne voyait pas encore. C’est en la personne de sa tante que Tatsuya a fait cette rencontre. Il travaillera dans le restaurant de Yakiniku qu’elle tient avec son mari afin de retrouver des valeurs à travers des choses simples comme un  » merci monsieur  » qui l’air de rien vous donne une place dans la société.

Découvrez sans plus attendre cette œuvre autobiographique qui n’est pas un exemple à suivre.

 

Mangaka : Mizuta Makoto

Auteur : Igushi Tatsuya

Magazine de prépublication : Young Champion

Éditeur japonais : Akita Shoten

 

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