Yoru no Sakana, le manga court

Aujourd’hui, on vous présente Yoru no Sakana, un manga dont la durée est aussi courte que l’espérance de vie d’un papillon de nuit.

Yoru no Sakana par Kaoru Fujiwara

Ma tête est un bocal

 

C’est difficile de voir ce que les autres ne voient pas, on passe forcément pour quelqu’un qui cherche à faire son intéressant, tous les doutes sont permis car personne ne comprend ce que vous racontez, d’ailleurs pourquoi est ce que vous leur racontez cela ? Pourquoi recherchez l’approbation de celles et ceux qui n’ont pas votre sensibilité ? Vos fulgurances sont systématiquement accueillies par ce même scepticisme, ces mêmes réflexions méprisantes qui vous pousseront un jour à prendre l’ermitage dans un coin reculé du Massif Central.
C’est difficile de voir ce que les gens pensent réellement de vous, les conventions sociales nous poussent à travestir nos sentiments derrière de faux semblants, des vérités qui sont de fausses plaisanteries et une galerie de personnages défilent devant vous et qui souhaite tuer son mari volage alors que la réalité montre une femme souriante qui rit avec votre mère, et qui voudrait tuer votre père pour être avec votre mère, et qui est pédophile et fait semblant d’être un oncle avenant.
Chaque fois que vous avez essayé de partager vos visions avec le monde, chaque fois que vous avez cru vous rendre utile, vous avez rapidement senti que si vous continuiez de parler, votre médecin traitant aurait été appelé afin qu’il entre en contact avec une structure psychiatrique, plus à même d’être à votre écoute.
Alors vous gardez ces choses pour vous en tentant d’enfouir au plus profond de votre être ces images que vous ne pouvez cesser de voir.
En effet, contrairement à Kaoru, le héros de ce manga de Kaoru Fujiwara, tout le monde n’a pas la chance d’avoir une cousine comme Touko qui non seulement est l’oreille attentive de son jeune cousin mais, de plus, agit auprès de lui comme une coach qui lui permet de canaliser ses visions tout en lui donnant du recul par rapport à celles ci.
Cette ouverture sur une réalité parallèle provoque chez Kaoru ce genre de migraines néphrétiques qui vous donne envie d’arracher votre œil afin que votre nerf optique cesse de vous enflammer le visage.
Touko ne le soigne pas mais elle le soulage du poids de la culpabilité de voir sans forcément être capable de faire quelque chose cette charmante cousine lui permet de relativiser ses visions d’autant qu’elle est la seule sur laquelle il n’a jamais rien vu.

 

Plonger dans la nuit

 

Un jour Touko appelle Kaoru afin qu’il l’accompagne à un enterrement pour lequel son père s’est fait porter pale.
Kaoru traîne un peu des pieds mais il ne laissera jamais sa cousine préférée se morfondre seule dans une cérémonie
mortuaire où les cancans des vivants font de la peine aux morts. Alors qu’ils affrontent ensemble cette convention sociale, Kaoru ne peut s’empêcher de voir des taches de sang autour de la tête d’une des convives. En se rapprochant de cette jeune femme éplorée, Kaoru plonge dans une mer d’émotions extrêmes, une mer déchaînée par la colère et un profond ressentiment, le défunt a été victime d’un crime lâche, le corps lardé d’un grand nombre coups de couteau, on l’a retrouvé dans une mare de sang.

Entre ce que cette jeune femme a sur le cœur et le manque de sensibilité des invités qui commentent à voix haute la manière dont la victime a été tuée, Kaoru est une antenne qui capte la fréquence des sentiments.
Le sang est le fil rouge qui relie la victime à son meurtrier, Kaoru sent intuitivement que le meurtrier fait parti des
invités.
Et il ne peut s’empêcher d’indiquer à la jeune femme teintée de sang que le tueur est en ces lieux en le désignant avec
son index. Cependant, est ce qu’un index suffit pour désigner un coupable ?

Kaoru ne cesse de s’interroger sur l’utilité de ses visions immatérielles dans un monde de lois où l’on a besoin de
preuves matérielles pour savoir qui est coupable.

 

L’avis d’Otaku Desuka

 

On a apprécié cette œuvre au graphisme si aéré qu’il permet aux personnages de respirer.
C’est important de ne pas asphyxier les personnages, peu d’auteurs savent offrir un cadre confortable aux héros
qu’ils créent. De prime abord, je ne suis pas fan du graphisme Shojo, ce style graphique est si épuré que parfois j’ai
l’impression de ne rien lire, de ne pas savoir où commence et où se termine l’action, de ne pas comprendre l’action.
Pourtant ces traits aux lignes fuyantes épousent comme un gant l’histoire de Yoru no Sakana, ce style est le style qui
confine aux rêves, il illustre à merveille la conscience de Kaoru qui flâne entre la réalité des conventions sociales
et celle de sa double vue qui est la réalité réelle.

De plus, ce manga signe le retour d’une mangaka controversée qui est restée en retrait du monde de l’édition pendant 7 ans à la suite d’accusation de plagiat.
Loin de nous l’idée de soutenir la tricherie quand elle est avérée cependant le manga est un art qui plagie, qui sample
les histoires des grands auteurs depuis toujours. Dès qu’un manga a du succès, toutes les maisons d’édition
concurrentes de celle qui rencontre un succès copient le concept de la nouvelle poule aux œufs d’or. Parfois,
cela va même plus loin quand des manga comme Fairy Tale, entièrement pompé sur MäR et Naruto, se retrouvent eux mêmes copiés par de nouveaux arrivants comme Black Clover qui reprend tout de Fairy Tale, Naruto et Harry Potter.
Le concept d’Ohayominasan est de présenter les nouveautés manga ou les manga méconnus en France, votre magazine est le fils spirituel des rubriques import manga/Manga VO de Génération 4, Joystick, Console + et Animeland car lorsque nous étions adolescents, cette rubrique était notre rubrique préférée, on a toujours rêvé de lire un magazine entièrement consacré aux nouveaux manga récemment sérialisés dans des magazines de prépublication japonais.
Et puis un jour, on s’est dit qu’on allait pas attendre que quelqu’un le fasse à notre place pour aller ensuite le troller sur Twitter par jalousie.
J’ai entendu dire qu’au Japon, la copie est un hommage que l’on rend à celui que l’on copie. On peut
aimer un genre de manga qui reprend toujours les mêmes codes narratifs, on peut être un fan de pur Nekketsu
cependant on apprécie surtout que les auteurs fassent un réel travail afin de se démarquer de leurs concurrents
au sein d’un même genre. On a aimé Dragon Ball car il offrait une alternative à Saint Seiya, on a aimé Saint Seiya car
il offrait une alternative à Cobra qui offrait lui même une alternative à Albator.
Aujourd’hui, on aime Kimetsu no Yaiba car il offre une réelle alternative à Naruto même si on se dispute entre
collègues pour savoir si Kimetsu no Yaiba n’est pas un énième manga de vampire. Il est vrai que dans ce manga dessiné de mains de maître par une femme, les démons ont les dents longues mais en général, les vampires ne boivent que le sang de leurs victimes qui deviennent à leur tour des vampires, alors que dans le manga très peu de démons ont la capacité de changer en démon les humains qu’ils ont mordu, en général, ils les mangent entièrement, ils ne boivent pas que leur sang.

Mais plutôt que de parlementer et siéger en assemblée plénière sur un sujet somme toutes mineur, on vous invite à lire Yoru no Sakana car ce manga ne ressemble à rien d’autre. Et dans un monde où tout le monde copie, c’est précieux.

 

Mangaka : Kaoru Fujiwara

Magazine de prépublication :  Feel Young

Éditeur japonais : Gentosha

 

 

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