Goo Hara, le suicide d’une idole

Aujourd’hui, on vous parle d’un sujet qui n’intéresse le public que lorsqu’il est trop tard.

 

 

En effet, un mois après le suicide de Sulli, une star de la scène musicale sud coréenne, Goo Hara, idole Kpop comme Sulli, s’est elle aussi donné la mort afin d’échapper au harcèlement dont elle était victime.

Et pourtant, quand on voit les réactions provoquées par cet événement dramatique, on a l’impression que si tous les mois une idole se suicidait, cela n’aurait aucun impact sur cette culture où la femme victime de harcèlement doit s’excuser du tapage médiatique consécutif à cet harcèlement.

 

Molka, le revenge porn à la sauce coréenne

 

C’est en discutant récemment avec une jeune twitteuse que j’ai appris le décès de cette jeune artiste coréenne qui comme tant de jeunes femmes de son âge sont victimes de ce que l’on appelle les Molka. Selon Libération, Molka désignent des mini caméra dans le langage courant en Corée. Ces mini caméra sont placées dans les cabines d’essayage des magasins, les vestiaires des filles dans les clubs de sports, la chambre à coucher ou la chambre d’hôtel d’un petit ami souhaitant enregistrer des vidéos intimes de celles qui leur font confiance afin de les faire chanter en les menaçant de diffuser les vidéos sur des sites de streaming pornographiques. Ce fléau culturel détruit depuis plusieurs années la vie de jeunes femmes, stars ou anonymes qui se retrouvent ainsi humiliées en public, l’intimité jetée en pâture sur les écrans du monde entier dans des vidéos vues des centaines de milliers de fois. Dans une culture où l’intimité n’a pas sa place sur la place publique, les victimes ont peu d’armes pour survivre au scandale d’une sex tape.

Elles sont comme marquées d’un sceau indélébile qui les poursuivra toute leur vie, tant dans la recherche d’un travail, d’un appartement ou lorsque la futur belle famille cherchera à savoir si, sur internet, il n’y a rien de sulfureux sur leur future belle-fille.

Récemment, Jung Joon-Young, jeune chanteur révélé par un télé-crochet coréen, a mis fin à sa carrière à cause de la création d’une chat room où il partageait avec 8 personnes des vidéos de ses prouesses sexuelles avec des jeunes femmes qui n’en savaient rien.

Pourtant, même si la justice coréenne condamne Jung Joon-Young qui n’aura aucun mal à se reconvertir dans la production de nouveaux groupes de Kpop, le tribunal social donne un verdict qui s’applique pour l’éternité aux victimes car même mortes, on dira qu’elles se sont suicidées pour échapper à la honte.

jung joon young
Jung Joon Young

 

Des victimes condamnées par la vindicte populaire

 

Ce ressentiment à l’égard des victimes se caractérise notamment par la création de groupes de haters sur des sites comme netizen où des chatrooms de fans de Kpop sont entièrement dédiés au trolling des victimes de Molka.

En effet, comme le révèle une enquête du site coréen Koreaboo qui a voulu donné la parole aux haters de Sulli, non seulement ces personnes n’ont aucun remords mais aussi paradoxal que cela puisse paraitre, elles ont des justifications et surtout toujours les mêmes excuses pour minimiser l’impact que leurs remarques haineuses ont sur le moral de personnalités fragilisées par un scandale sexuel.

K-Pop-Star-Sulli-Found-Dead-02
Sulli

29/03/1994 – 14/10/2019

Certains prennent même un malin plaisir à continuer d’harceler les idoles après leur tentative de suicide comme on a pu le constaté lorsque Goo Hara a, une première fois, tenté de mettre fin à ses jours.

Ce qu’il y a de choquant dans ces groupes de haine est que, bien que composés en majorité par des hommes, on ne retrouve pas que des hommes en leur sein, loin s’en faut car il y a beaucoup de jeunes femmes dans ces chat room, des filles qui se cachent derrière de faux comptes de mecs qu’elles utilisent pour critiquer la nouvelle coiffure ou le nouveau rouge à lèvres de l’idole préférée de leur mec. Parfois les membres d’un même girls band se liguent contre l’une de leur membre car cette dernière a le malheur d’être la plus populaire.

Rien de nouveau sous le soleil de la Pop Culture qui voyait Sylvie Vartan, Jane Birkin ou Françoise Hardy recevoir des flopées d’insultes de la part de la gente féminine. EnjoyPhenix peut en témoigner, elle qui a essentiellement été harcelée par des filles pendant sa scolarité. La pratique de l’utilisation de faux comptes masculin est largement étayée par l’enquête du site thenextweb qui s’est intéressé à la fréquentation du site Pornhub.

goo hara girls band
Goo Hara girls band  » Kara « 

Culture Anti-Metoo

 

En Asie, Metoo est un pokemon bien sage que l’on attrape facilement. Des articles comme celui ci essayent de le faire évoluer vers une forme qui permettra peut être un jour de briser certains tabous.

En attendant, ce mouvement qui libère la parole des victimes est vu comme une excentricité occidentale, il est très difficile de briser certaines barrières culturelles sous peine d’être taxé de néocolonialisme.

En effet, lorsque l’opinion publique d’un pays étranger souhaite interpeller les gouvernements chinois, japonais ou coréen sur ces questions de harcèlement afin de faire voter des lois qui protègent les victimes, ils répondent qu’ils ne veulent pas d’ingérence étrangère dans les affaires de leur pays. Demander des comptes sur la culture du harcèlement dans leur pays est interprété sournoisement comme une atteinte à la souveraineté nationale. Et la discussion s’arrête là. Jusqu’à la prochaine victime.

 

13/01/1991 - 24/11/2019
Goo Hara

13/01/1991 – 24/11/2019

 

sources : Candys^^

Sulli’s Haters Reveal What They Think About Their Own Malicious Comments

Goo Hara Revealed To Have Helped Shed The Truth In Jung Joon Young’s Chatroom Scandal Case

https://www.closermag.fr/tv-tele-realite/autres-emissions/enjoyphoenix-harcelee-a-l-ecole-affirme-avoir-recu-des-messages-de-ses-anciennes-camarades-video-572595

https://thenextweb.com/insider/2017/03/08/pornhub-women-tech/

http://netizenbuzz.blogspot.com/2019/11/police-find-goo-haras-memo-family.html

https://www.huffingtonpost.fr/entry/jung-joon-young-k-pop_fr_5c92ec06e4b0549e53fc656b

https://www.liberation.fr/france/2018/08/02/en-coree-du-sud-bronca-contre-les-molka_1670489

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