« Jacques a dit… suce ! », la chronique d’une enfance abusée

Aujourd’hui, on vous présente un livre.

charlie vincent 6
Charlie Vincent-Cheer
La première fois que j’ai vu Charlie Vincent-Cheer, j’ai été soufflé par l’incroyable beauté de cette personne au charme singulier, son visage métisse à mi chemin entre l’Afrique, l’Asie et l’Occident, des tâches de rousseurs qui maquille naturellement un teint diaphane.
Dans une société où tout le monde veut être la nouvelle Kim Kardashian, Charlie ne ressemble qu’à elle-même, une beauté sublime et lumineuse, une égérie electro que j’ai découvert le jour où elle a abandonné Koh Lanta parce qu’elle avait mal à la tête.
charlie vincent et sam zirah
Charlie Vincent-Cheer et Sam Zirah
Ce que le public a pris, au mieux, pour de l’excentricité, au pire, pour de la lâcheté, est quelque chose qui m’est extrêmement familier.
Lors de mon enfance, j’ai connu des épisodes de migraines néphrétiques qui vous donnent envie de faire des choses que je n’écrirai pas ici. La souffrance se place bien au delà de celle d’une simple migraine qui passe avec un cachet, la douleur est si intense que l’on en devient photosensible, obligé de rester dans le noir pour atténuer le feu des aiguilles qui semblent vous traverser les yeux. Celles et ceux qui sont passés par là savent que la migraine néphrétique provoque une douleur si vive qu’elle vous cloue sur place alors on vous laisse imaginer cette douleur dans l’océan indien sur une plage chauffée à blanc.
Pour ne pas perdre la trace de cette étoile filante de la télé réalité, j’ai décidé de la suivre sur Instagram afin de parcourir son monde. J’y ai découvert une personnalité incroyablement attachante, un sourire magique ainsi qu’une appétence pour l’électro haut de gamme dans un mini clip effacé depuis à mon grand désarroi.
Pourtant, au delà de sa beauté naturelle, je l’ai toujours regardé en ayant l’impression de voir autre chose, quelque chose de sombre et violent qui dépasse l’image, une ombre noire au dessus de sa tête qu’elle décrit avec ses mots dans son livre autobiographique, « Jacques a dit … Suce ! »

1460.

Ce nombre intriguant ne désigne pas l’année de naissance de celui qui a cru découvrir l’Amérique trente-deux ans plus tard. Il est encore moins le nom d’une bière alsacienne brassée depuis 1460.
Ce nombre n’est pas une plaisanterie, il est le résultat net de la comptabilité d’un crime commis dans l’impunité la plus totale dans un endroit où l’on accueille les orphelins au nom de Dieu. Ce chiffre désigne le nombre de viols subis par une jeune orpheline entre ses huit et dix ans.
Certains esprits chagrin ayant besoin d’attribuer des notes artistiques à l’expression de la souffrance humaine auront du mal à lire le livre de Charlie Vincent. Ce serait un moindre mal pourtant car on ne leur demande pas de vivre ce que Charlie a vécu entre ses 8 et 10 ans. On ne leur demande rien d’ailleurs, fermez la, ce sera amplement suffisant.
« Jacques a dit… Suce ! » c’est une écriture chaotique qui reflète parfaitement l’existence d’un être broyé par les rouages de la machine administrative, une enfance dans l’enfer de l’homme, un caractère forgé par les rapports de force et les relations déstructurées, la hiérarchie qui s’installe entre les enfants en fonction de leur âge, de leur sexe, de leur force et de la gravité de la raison pour laquelle ils ont été placés.
Quand tout le monde te fait du mal, c’est celui qui t’en fais le moins qui est le plus gentil, les échelles de valeurs sont biaisées par un contexte ultra anxiogène, un stress permanent qui oblige à rester constamment sur ses gardes, à accorder sa confiance comme on ouvre une fenêtre de tir pour riposter en cas de coup bas.
Compagnons de  fortunes, frères et sœurs malgré eux subissent des viols face à des éducateurs qui font semblant de ne rien voir car ceux qui parlent perdent leur poste et n’en retrouveront pas ailleurs. On ne fais pas de vagues, nos yeux naviguent dans le ciel.

« La justice m’a innocentée mais la communauté me condamne durement. »

Charlie Vincent-Cheer

En parcourant les pages de ce livre déroutant, j’ai constaté que le récit de notre jeune auteur est déstructuré uniquement lorsqu’elle parle d’elle, car quand elle décrit des situations qui mettent en scène de tiers personnes, sa mémoire est clinique, son regard est millimétré, elle réinterprète les dialogues et les échanges comme si elle était entrée dans la peau de chaque personnage, ressentant leurs émotions, leurs états d’âmes comme si c’était les siens. À travers son expérience de vie dans un environnement qui confine au surréalisme, on arrive à comprendre comment l’humour a été la force résiliente qui lui a permis de ne jamais perdre la notion d’elle-même ainsi que son regard lucide sur ce qui lui est arrivée.
On vous invite à découvrir cette œuvre extrêmement éprouvante car elle illustre parfaitement le quotidien d’une petite fille qui se retrouve prise en charge par l’assistance publique dans une institution possédée par sa propre interprétation du Saint Esprit.
« Jacques a dit… Suce ! » de Charlie Vincent-Cheer, éditions du Panthéon, disponible ici
charlie-vincent-jacques-a-dit
Charlie Vincent-Cheer, auteur et restauratrice de meubles
NB: On espère que Charlie, Lilou, Juliette et Sarah vont bien et que là où elles sont, elles recevront pleins de messages d’amour.
Viols sur mineurs, Institution évangéliste, Ddass

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.