Saru Lock, le serrurier du Milieu

Saru Lock - Serizawa Naoki

Aujourd’hui, on vous parle de Saru Lock, un manga Seinen qui date de 2003 soit quasiment le siècle dernier en terme de mœurs, d’avancées technologique et de réchauffement climatique.


La couverture du tome 1 de « Saru Lock » de Serizawa Naoki

Le monde réel

Dans ce manga conçu par Serizawa Aoki, on suit le parcours initiatique de Saru le petit singe, serrurier crocheteur de serrure, petit jeune à l’ancienne qui sourit pour donner le change, il sourit car il n’a pas le choix, les clients sont ceux qui viennent, il sourit pour rester en vie. 

Saru dans sa piaule


Sarumaru Yataro (de son nom complet) est un serrurier de génie qui peine à se constituer une clientèle de qualité. Installé dans sa propre boutique situé dans un quartier populaire de Tokyo, Saru ne peut compter que sur Yamamoto, jeune patron du vidéo-club mitoyen de sa boutique, pour venir rompre la monotonie du silence brisé par quelques appels de clients éparses. Le rêve de Saru est de perdre son pucelage dans les bras de son idole préférée qu’il imagine vierge et aussi inexpérimentée que lui.

Ce rêve nourrit à grand renfort de posters affichés dans sa chambre aurait pu perdurer longtemps mais c’était compter sans ce bon vieux Yamamoto, l’enfoiré et son œil d’expert en productions pornographiques ayant formellement reconnue la jeune femme prise en levrette par un acteur chevronné dans une production qui lui est arrivée sous le manteau. Alors qu’il se demande comment il va pouvoir se remettre de sa déception, un client appelle pour une affaire urgente
Arrivé sur place, un yakusa lui réserve un accueil chaleureux, plein d’enthousiasme et de violence gratuite. Ma « petite-amie » s’est enfermée dans son appartement, je n’arrive pas à la raisonner, ouvrez vite. Une fois la serrure crochetée, le mafieux se précipite sur elle pour la violer devant les yeux ébahis et émerveillés des deux jeunes hommes. Un émerveillement malaisant mais transparent comme la vérité crue d’un milieu qui n’a rien d’attrayant. Quelques jours après cet événement, le yakusa rappelle Saru pour lui parler dans sa langue, ramène vite ta gueule ici, petit, ne me fais pas perdre de temps, j’ai quelque chose à te proposer.

L’idole de Saru, Fukune Yukiko

À nouveau sur place, ils engagent la conversation avec celui qui se prend pour leur « Aniki » quand ils sont rejoints par une jeune femme ressemblant traits pour traits à l’idole que Saru vénère. C’est l’idole que Saru vénère, c’est elle, elle est là, habillée chic et confortable comme une It-Girl de Shinjuku, là et elle regarde dans la direction d’un Saru qui n’en croit pas ses yeux. Celle qui est réellement elle-même a besoin de Saru, elle a besoin qu’il lui rende un service. Retrouver l’original de la sex-tape filmée par un ex-petit-ami qu’il a revendu à un producteur de films de cul. En échange de ce service, la jeune femme lui offrira ce qu’il a toujours voulu. Sans doute une manière de réparer le mal par le mal.

L’envers du décor

Saru Lock est le manga qui vous apprend comment rentrer chez vous par effraction le jour où vous perdrez vos clefs. Vous ne lirez pas d’autres mangas comme cette œuvre unique et magistrale qui n’est malheureusement plus commercialisée par son éditeur français Pika édition.
Lire ce manga c’est voir le monde des yakuza à travers le trou de la serrure. C’est pas très « Me Too friendly » mais ça a le mérite d’être réaliste.

La sex-tape de Yukiko

On sent qu’on est en 2003 car en 2003, une sextape volée pouvait encore briser la carrière d’un mannequin en devenir. Des jeunes femmes rentraient chez elles en catastrophe pour essayer de reprendre le cours de leur vie. Aujourd’hui, une sextape volée lance la carrière d’un mannequin en devenir, au point qu’aujourd’hui, c’est le mannequin elle-même qui va partagé ses sextapes sur son compte OnlyFans.

En occident, on a tendance à énormément romancer l’image des Yakuza. Pourtant, les artistes japonais eux-mêmes ne se noient pas dans l’eau de rose lorsqu’ils représentent le monde de la mafia japonaise dans leurs oeuvres. Le sang est rouge et le regard vide de Kitano Takeshi qui se fume une clope après avoir défourailler dans « Aniki, mon frère » de ne donne pas envie de lui ressembler. La vie des mafieux se ressemblent toutes, la source de la sauce est la même partout dans le monde, pour prouver sa loyauté à son grand frère, le petit lui offre son corps, dans tous les sens du terme. Et s’il n’est pas gay, il vaut mieux qu’il le soit le temps de prouver à son grand frère sa loyauté. 

« Sonatine » de Kitano Takeshi

La J-Pop tenue en coupe réglée par la pègre japonaise est un maquillage acidulé sur un visage de prostituées parfois actrice porno ou d’actrices porno souvent prostituées. On organise des castings où il y a en réalité aucune élue car celles qui ont un réel talent pour le chant et la danse seront vendues plus chères grâce à leur notoriété et leur exposition. Celles qui seront recalées sont très vite récupérées par l’industrie du sexe qui saura en faire des créatures désirables dont le prix unitaire monte à mesure que leur popularité sur les réseaux sociaux augmente.

Récemment, j’ai vu sur Vice tv un reportage sur un occidental qui rêvait de rencontrer un vrai Oyabun (parrain, chef mafieux). Je ne comprends pas ce genre de fan-club, il n’y a aucune différences entre les différentes mafias dans le monde, l’argent est un langage universel, une prostituée peut vous vendre son corps sans parler votre langue, de la même manière qu’un dealer qui vous donne le prix du gramme.

Si Dieu vous le dit mais vous ne le comprenez pas, IL écrit sur une table dix commandements.


La prochaine fois que vous entendrez un escroc faire semblant de s’y connaître en sécurité nationale,Faîtes lui lire cet article. Car s’il s’y connaissait réellement en matière de délinquance juvénile, il ne proposerai pas d’avancer le seuil de la responsabilité pénale. Il y a eu des époques où les enfants étaient envoyés au bagne. Une idée de Napoléon III

La colonie agricole (pénitencière) de Mettray

Références :

Mangaka : Serizawa Naoki

Éditeur japonais : Kodansha

Éditeur français : Pika éditions

Extraits du manga :

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