Oyasumi PunPun, Bonne Nuit PunPun

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Aujourd’hui, on vous présente un manga seinen qui ressemble au quotidien que vous cherchez à fuir lorsque vous lisez un manga.

Asano Inio ou son concept de couverture hyper minimaliste

Résumé de l’éditeur Kana :


« La vie n’est pas rose pour Punpun. À la maison, ses parents se disputent souvent, les adultes de son entourage sont tous névrosés, et la fille qu’il aime vient de déménager. Heureusement, une nouvelle élève arrive à l’école. Elle s’appelle Aiko, et Punpun en tombe fou amoureux dès le premier regard. Mais, avec sa timidité, il ne va pas être facile d’attirer son regard, sans compter que son père est envoyé en prison et que son oncle Yuichi vient vivre avec lui… »

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Light et Dark mode / Shogakukan/ Kana ©

Oyasumi Punpun !

« Bonne Nuit, Punpun » parle forcément à celles et ceux qui se sentent décalés par rapport à une société où l’hypocrisie, l’égoïsme et le mensonge ont libre cours. Rentrer dans le moule nécessite une souplesse qui brise vos articulations, on vous donne une éducation tout en vous expliquant qu’à certains moments, il faut savoir mentir, il faut faire sa place quitte à prendre celle de quelqu’un d’autre, tout en faisant semblant de ne pas avoir remarquer sa présence. Comment une société où l’on témoigne à l’autre son insignifiance avec tant de plaisir pourrait faire une place à quelqu’un comme PunPun qui regarde le monde en ouvrant grand les yeux ?

ASANO Inio s’inscrit dans la veine de MATSUMOTO Taiyō, URASAWA Naoki ou encore USUTA Kyousuke, sa violence est plus sourde, plus froide, plus intime que celle d’Amer Beton, on pense à 20th Century Boys lorsque Kadode-chan lève les yeux au ciel. On pourrait lui reprocher son recours quasi systématique aux photos pour illustrer les décors de ses mangas mais pour ma part, si un jour j’ai la chance de l’avoir devant moi, je lui demanderai de me donner des cours de photographie.

Asano Niño

En effet, Asano Inio maitrise comme personne l’art de la contre plongée et des perspectives asymétriques comme vous pouvez le voir ici.
Mais au de la de la qualité des décors, c’est dans la créations des personnages que Asano tire son épingle du jeu.

À travers Punpun qui emprunte les traits d’une caricature d’oiseau, on est fasciné par la représentation symbolique des êtres et l’âpreté des sentiments, l’amour à sens unique, les fausses pistes d’un scénario pleins de voies sans issue.
Asano Inio s’inscrit dans le sillage des surréalistes qui avaient juste à forcer le trait pour dépeindre les dimensions sordides du quotidien, une réalité subjective où deux personnes n’auront jamais la même perception du même endroit.

Le style graphique d’Asano, c’est la peinture d’une humanité dépareillée à mi chemin entre un passé qu’on croit connaitre et un avenir duquel on attend plus rien.
C’est la chronique d’une civilisation qui profite du temps qu’il lui reste pour laisser libre cours à ses névroses.
À la marge d’une industrie qui est conçu pour vendre et non pour attendre qu’un manga ne trouve son public, Asano semble être aussi inadapté socialement que ses personnages.

Dans un univers qui aime faire la part belle au fan service sans relief, Asano est sans doute l’un des meilleurs créateurs de personnages féminins, j’espère qu’un jour elles rencontreront leur pendant masculin de « 20th Century Boys » ou de « Sexy Commando Gaiden: Sugoiyo! Masaru-san« , ce sont les seules à pouvoir les suivre dans leurs délires sans les contraindre à expliquer pourquoi elles sont folles.

Références :

Éditeur japonais : Shogakukan

Éditeur français : BigKana Seinen

Mangaka : ASANO Inio

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